NEWS ("NIOUSES" en français)
Azahara et les machines
C'était un dimanche triste et ennuyeux. Puis l'après midi, Bénédicte et Christian, un couple de mes amis sont passés nous voir à l'improviste. Avec eux, ils avaient amené une jeune fille africaine de 15 ans prénommée Azahara. Cette jeune malienne était atteinte d'un maladie grave qui nécessitait une amputation rapide d'une jambe. L'association " Espoir pour un enfant " avait réussi à la faire rapatrier en France où mes amis servaient de famille d'accueil.
L'opération s'étant bien passée, ils lui avaient fait voir quelques coins de France et notamment le Cantal sous la neige. Imaginez la surprise de cette fillette arrachée à son désert natal, qui n'avait connu ni l'électricité, ni l'eau courante, vivant sous des tentes, entourée de chèvres et de chameaux. Elle était sur une autre planète qui pour elle restait incompréhensible. Une planète envahie par les machines. Elle ne comprenait pas pourquoi nous avions tant de choses qui faisaient le travail à notre place. Elle en avait peur.
Et pour moi, c'était toute l'Afrique dans sa force et splendeur et sa misère qui venait me sortir de mon canapé à coup de pied dans la culpabilité. La réalité en pleine figure. Mais elle avait ce regard brillant, malicieux qu'on tous les enfants du monde. Elle parlait à peine français, ce qu'elle avait pu apprendre en deux mois et c'était déjà beaucoup. A la fois espiègle et timide, elle était à l'aise avec Bénédicte et Christian mais le contact avec nous fut plus difficile. Puis comme d'habitude, la discussion vint à la musique et la chanson. Il nous paraissait intéressant de l'enregistrer mais à l'approche du micro, elle se réfugia au fond du canapé. Il nous fallu un long moment pour la mettre en confiance car, bien sûr, elle ne s'était jamais entendue. Sa voix dans les hauts parleurs attira son attention. Finalement, elle accepta puis pris plaisir à nous chanter des bribes de chansons de son pays qui semblait-il étaient celles que chantaient les jeunes filles pendant qu'elle pilaient le mil, rythmant leur chant par le son du pilon et des claquements de mains. Nous avons tous été très touchés par ces chants, si purs, si riches, venus directement du désert dans notre salon. Quel cadeau!
Alors Azahara, que cette machine qui a pris ta voix et dont tu ne comprends pas bien l'utilité serve au moins à faire voyager ton chant autour du monde, comme le symbole de ce que l'humanité a de plus beau : le partage.
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